Tuesday, July 04, 2006

Je suis américain

Vous dites que nous, nous nous divisons, que nous pratiquons du communautarisme. Et que les étiquettes que nous nous sommes inventées en sont la preuve. Qu’est-ce que c’est qu’un « mexicain-américain », un « asiatique-américain » un « africain-américain » si non une façon de se diviser les uns des autres ? Mais ces étiquettes montrent trop simplement comment on aborde cette question délicate de nationalité et d’origines. Aux Etats-Unis, au contraire de se qui se passe en France, on peut avoir des alliances doubles. On peut être fier de ses racines ethniques sans pour autant nier sa nationalité américaine ou vice-versa. Alors qu’en France j’ai l’impression qu’on est soit un étranger soit un Français. C’est l’intégration qui compte et j’aurais du mal à croire qu’on accepterait « africain-français » comme étiquette. « Ce n’est qu’une conception différente de la nationalité née du fait que les USA et la France ont choisi deux voies différentes pour mener à la nationalité. » Je n’y crois pas. La question est beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Quand des Français me voient et que je leur révèle que je suis américain—et pourquoi pas, j’en ai bel et bien l’accent—on me regarde avec un air de confusion. Ils regardent mon teint bronzé couleur cannelle et puis passent les mains devant le visage et on me sort une question du type « mais, vous avez quoi comme origines ? » Quand je leur dis, sans aucune honte quoi que ce soit, que j’ai des origines mexicaines, que mon père est mexicain, que ma grand-mère maternelle le fut aussi, il y a souvent une grimace souriante qui s’épanoui à partir des lèvres. « Je le savais » on me dit, comme si j’essayais de leur cacher des secrets. « Alors, vous n’êtes pas américain. » mots auxquels je réponds, d’habitude silencieusement, et je suis quoi alors, mexicain ?

Je suis né à Los Angeles en Californie il y a presque 23 ans et pour les Etats-Unis ça suffit pour dire que je suis un américain quoi qu’ait été la nationalité de mes parents. Le Mexique, j’y ai passé très peu de temps—6 mois maximum si on additionne tous mes séjours. Et on me traite de mexicain ? Ca fait presque neuf mois que suis en France, on va m’accorder un titre de séjour ou la nationalité française toute simplement comme ça ?

Ce qui m’embête ce n’est pas le fait d’être appelé mexicain, c’est le fait d’être appelé mexicain, point final, fin de la phrase, ainsi niant toute possibilité que je sois ou aie été américain. Je suis américain et j’en ai marre de voir que mes traits soient vus comme une façon de me différencier du peuple auquel je me sens le plus attaché. C’est vrai que je parle espagnol et que ma famille m’a transmis certaines traditions culturelles importantes mais ce n’est pas pour ça que j’arrête d’être américain. Faut pas exagérer comme vous dites. Les étiquettes-doubles américaines nous servent à nous donner la possibilité d’indiquer nos origines si nous le souhaitons mais le fait d’être ou de ne pas être américain n’est jamais mis en question.

Mais, restons dans la logique officielle française : si moi je ressemble pas à un américain c’est qu’il y a UN américain auquel on peut ressembler pour être pris comme un américain. Il est comment, ce type ? Blanc, blond, yeux bleus, hétérosexuel peut-être, mais pourquoi arrêter là ? Ouais le fait de diviser fait peur à une « république indivisible », mais je supporterai pas qu’on m’arrache symboliquement de mon peuple à cause de mes caractéristiques physiques et puis qu’on me dit que mettre les gens dans de petits groupes c’est du communautarisme et ça, ça se fait pas. Ca c’est la pratique « d’avoir son gâteau et d’en manger aussi, » comme nous le disons.

Mais moi, en tant qu’américain, je ne peux pas être le seul à être frustré ainsi. Que vous le fassiez pour moi ce n’est que le symptôme d’une maladie sociale plus grave, parce que finalement, et sans faire de la gymnastique mentale, on arrive à la question très, très pertinente : être français, ça veut dire quoi ? La réponse à cette question est au cœur de plusieurs débats actuels…et de certains qui traînent depuis novembre. Et jamais la France n’aura-t-elle un moment de repos social jusqu’à ce qu’elle y ait bien réfléchi de façon humanisée. Mais qu’en sais-je ? Je ne suis qu’un américain…avec des origines mexicaines bien sûr.

Mike REYES